Un mois déjà, un mois seulement ; demain. Son abandon au Tour. Le difficile retour à la réalité, la dureté de l'acceptation qui n'a toujours pas été accomplie. Et puis un mois d'oubli, de longues semaines sans nouvelles aucune, un mois de précoccupation et de sempiternelles questions auxquelles il m'est déjà apporté quelques éléments de réponse ; éléments douloureux, un peu trop sans doute. Son envie de partir, de laisser son vélo, de quitter son habit de champion et d'idole, qu'il porte à chaque fois pour moi lorsque je le vois. Peut-être pire, la réalité soudaine qu'il n'a pas récupéré, ne serait-ce même que psychologiquement. C'est difficile... difficile à admettre, à accepter. Difficile aussi d'imaginer ce qui peut lui traverser l'esprit à présent. Difficile de penser à ce qu'il doit ressentir en ce moment.
Va-t-il recourir avant la fin de la saison ? Ce n'est même pas certain. Pas du tout. Bien évidemment, pas de Vuelta, ce qui reste néanmoins raisonnable de sa part, il faut le croire. Et ce qui reste aussi difficile à avaler. Encore une désillusion de plus... mais je ne suis plus à ça près avec lui. Je ne veux même plus croire en rien à son propos, je n'en ai de toutes façons même plus la force. Et ça, c'est dur aussi. La seule chose en laquelle je crois, c'est qu'il s'apprête à faire une immense erreur qu'il va, semble-t-il, s'efforcer d'accomplir, pour mon plus grand malheur et ma plus grande tristesse. Dans quelques semaines, quelques mois tout au plus, il va se retirer, s'en aller, oui, il va partir, gâchant tout le travail accompli jusqu'alors pour revenir à son niveau. Oui, voilà la terrible et trop douloureuse réalité : il va abdiquer. Je le sens. Je le sais. Seule la partie de moi qui veut mon bonheur semble penser - et croire - l'inverse, mais mon cynisme et surtout mon réalisme me rappellent aussitôt à l'ordre de façon inévitable. A quoi cela peut-il bien servir de continuer à se voiler la face ? La chute n'en sera que plus dure. Au pire, et alors ? Nombreux, au fond, sont les gens qui m'avaient soufflé à l'idée, et ce avant même que la saison ne commence, que de toutes façons, sa carrière était finie, du fait de la trop grave épreuve qu'il avait dû traverser en Juillet 2008, alors qu'il était au summum sans doute de ses possibilités. Peut-être aurais-je mieux fait en fait de les écouter...
Qu'est-ce qui me manquera le plus lorsqu'il sera parti ? Difficile à dire, tant j'aime de choses chez lui, tant les caractéristiques et éléments de sa personnalité qui me plaisent sont nombreux. Je crois que c'est avant tout sa joie de vivre, et son sourire, ce sourire si magnifique accroché à ses lèvres en quasi-permanence. C'est peut-être stupide, je le reconnais, mais rien que de poser les yeux sur l'une des innombrables photos de lui qui envahissent mon environnement (et on se demande bien pourquoi...), rien que de le voir comme ça, plein de vie comme il l'est toujours, ça a le pouvoir de me rendre ne serait-ce qu'un peu heureuse. Le don de m'apporter ne serait-ce qu'un peu de joie. Et je crois que c'est cela le plus fort et le plus beau dans ce que j'éprouve pour lui. Cette capacité qu'il a à m'apporter du bonheur avec trois fois rien. Après, bien sûr, me manqueront également sa pêche, ses déconnades, ses fantaisies aussi (qui, sinon lui, irait se faire tatouer le nom d'un col à côté d'une cicatrice ?), ses ambitions et déclarations pleines d'optimisme, comme toujours, sa capacité justement à toujours voir la vie du bon côté (capacité que je n'ai, d'ailleurs et à mon plus grand regret, pas). Que dire d'autre ? C'est lui tout entier qui me manquera, sa présence dans le peloton tout simplement. Mais ça, je pense que ce n'est pas bien difficile à deviner. Qui ne sait pas la force de ce que je ressens à son égard, désormais ?
Voilà autre chose d'incroyable : le nombre de pages que j'ai écrites en tout et pour tout sur et pour lui. Il m'est manifestement une source d'inspiration inépuisable, cela va sans dire. C'est vrai d'ailleurs, et quand il sera parti, qu'est-ce que j'écrirai ? Peu importe de toutes façons puisque je n'en aurais très certainement même plus le temps.
Voilà... que dire de plus ? Répéter, une fois encore, qui serait même celle de trop, ce qu'il est pour moi et ce qu'il représente à mes yeux ? A quoi bon ? Tout autour de moi le crie et le hurle : bien plus que d'être mon coureur préféré, ou même mon idole, bien plus encore que d'être l'une des personnes à laquelle j'attache le plus d'importance dans ma vie, il est en fait une partie de moi. Petite ou peut-être même immense, je ne sais pas. Mais voilà pourquoi je ne peux pas supporter l'idée de le voir partir : parce que cette partie-là de moi, je ne veux et surtout je ne peux pas, absolument pas, m'en séparer... et d'ailleurs, je la garderai à jamais. Pour le meilleur et pour le pire. Comme toujours et pour toujours.